Le Stade "Sclessin" ~ Maurice Dufrasne
L’Enfer de Sclessin. Le stade mythique du Royal Standard de Liège. Un stade qui est un peu une deuxième maison pour
des milliers de supporters, de Malmédy à Ostende, de Mons à Tongres.
L’emménagement à Sclessin se fit dans la fièvre suscitée par la splendide tenue de l’équipe fanion dans le tour final
de division II en 1909. Ceux qui louèrent à Sclessin le morceau de terrain destiné à l’établissement de notre plaine
de jeu ne se sont certainement pas doutés qu’ils venaient de poser la première pierre d’une des plus belles installations
sportives que compterait la Belgique. La prairie faisait partie d’une vaste propriété qui entourait le château du
Perron et sa ferme.
Les frères Deprez habitaient la ferme du château du Perron. Ils avaient loué un morceau de leurs prairies au Standard
pour 300 francs par an, mais ils acceptaient de remiser dans un hangar de la ferme tout le matériel du club et aussi
de servir à dîner aux jeunes affamées qui, ayant participé à un match le matin, désiraient rester l’après-midi pour supporter
l’équipe première. Il faut dire que le tarif du restaurant était très modéré, le repas coûtait 50 centimes et comme
le trajet en tramway Liège-Sclessin et retour se payait 40 centimes, les amateurs étaient nombreux.
Le long de la rue Ernest Solvay on avait construit une clôture en planches peintes alternativement rouge et blanc,
le goal côté terril était à une dizaine de mètres de cette clôture, une main-courante en bois ceinturait le terrain.

Les joueurs allaient s’équiper rue Ernest Solvay, à environ 400 mètres en direction de Liège, dans le café Soulet,
au premier étage. Mais ce local n’avait de vestiaire que le nom. Dès lors, les dirigeants, qui avaient conscience
des obligations que leur créait la montée en division I, entreprirent rapidement la construction au terrain de trois
nouveaux vestiaires (visiteurs, visités et arbitres) en même temps qu’une petite buvette en plein air à l’attention
des supporters qui devaient fêter les victoires ou se consoler des défaites. La construction avait environ 4 mètres
sur 12, était faite en planches à languettes et était située derrière le goal côté Meuse. Le Standard avait édifié
ses premières installations.
Le nouveau terrain de Sclessin prend tournure. Il a été nivelé, arrangé, semé et est devenu un excellent ground de
football. On y a construit une petite tribune en 1910 à l’allure très coquette qui peut contenir 300 à 400 personnes.
Solidement réinstallé dans l’élite du football belge, pourvu d’un cadre de dirigeants compétents et dévoués jouissant
d’une excellent réputation tant à la Fédération belge qu’auprès des amateurs de football, le Standard devait à
son standing sportif de devenir une société ayant une existence juridique et de devenir propriétaire de ses
installations. C’est ce que décida Maurice Dufrasne en 1922. Ayant acquis sa personnalité civile, le Standard
entreprit des pourparlers pour l’acquisition du terrain de Sclessin, sur lequel étaient bâties les premières
installations. Après quelques mois de tractations, le 15 février 1923, le propriétaire acceptait de vendre à
la Société Coopérative Standard à peu près deux hectares de prairie à 14,09 BEF le mètre carré.
Deux nouveaux achats de terrain viennent agrandir la propriété acquise en 1923. Le stade de Sclessin a ainsi
une superficie d’environ 3 ½ ha, ce qui va permettre la création d’un terrain d’entraînement derrière la tribune assise.

En 1931 le stade est agrandi de nouveau. Il compte maintenant trois terrains de jeu pour le football, et le hockey,
et trois courts de tennis. Le Stade peut contenir 24.000 personnes (2.300 tribunes assises ; 3.700 tribunes debout ;
18.000 pourtours) Malgré la tourmente qui déferle sur l’Europe, les divers clubs de Belgique continuent leurs
activités en dépit de privations et des restrictions dans les déplacements imposées par la guerre. La
tribune debout a été terminée juste avant l’ouverture de la saison 1939-1940.